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Live report

MaMA 2016

Le marathon musical

3 jours, 147 artistes programmés, des centaines de kilomètres à courir les 14 salles de Pigalle pour goûter les dernières recettes de la MaMA. Autant dire qu'on n'a pas pu tout voir, et avouons-le d'emblée : nous avons séché les conférences de la journée, petites nuits obligent. Comme chaque année, mes "rencontres professionnelles" se sont déroulées à la Cantine de la Cigale et sur diverses terrasses alentours. A chacun ses bureaux. Mon MaMA fut joyeusement buissonnier, souvenir d'une adolescence passée le nez dans les bacs des disquaires plutôt que dans les manuels scolaires. Pour un peu, on se serait cru en plein Festival Jazz de Montréal, quand chaque salle, chaque club et chaque ruelle du centre-ville de la métropole québécoise vibre à l'unisson du swing.

Mercredi 12 : Bonne nuit, les petits
Début des harmonieuses hostilités. Une fois badgé à l'Elysée Montmartre, direction downtown Pigalle, programme et plan de bataille en main. Au Petit Moulin, le duo bordelais I Am Stramgram remplit la cave grâce à un débouche-oreille bien orchestré : une guitare, des loops et des samples d'un côté, un batteur masqué en saurien de l'autre, pour des charges blues-rock et des complaintes indie-folk boisées. Belle découverte. A quelques pas de là, au Backstage By The Mill, le DJ-rappeur Chevalien martèle des fûts sur fond d'apocalypse électronique, le visage à moitié peint en noir, façon pas Sage comme des Sauvages. Je sors groggy de ce déluge de décibels, fondu au noir moi aussi, sans compter que j'ai raté Harrison Stafford, le professeur du riddim jamaïcain, qui se produisait à la Boule Noire quasiment au même moment. Après quelques "rencontres professionnelles" sur le coude, je rentre me coucher, le panier musical un peu vide, mais la tête déjà dans les étoiles du lendemain.

Jeudi 13 : La soirée des braves
Toujours au cœur de l'action, l'équipe Lylo tient sa réunion hebdomadaire, à quelques mètres de l'Elysée Montmartre. Brainstorming léger, quelques éclairs de cerveaux quand même, puis dispersion aux quatre coins du quartier chaud. Au Backstage By The Mill, Jupiter, le "général rebelle" de la scène de Kinshasa accompagné de son groupe Okwess International, fait tomber la foudre rock-rumba congolaise sur les toits de Paname. Les petites femmes de Pigalle jouent du bassin, les hommes aussi, fièvre collective et pour le moins épicée à la soirée du label Zamora. A quelques mètres de là, aux Trois Baudets, le songwriter québécois Louis-Jean Cormier joue plus volontiers des plumes-pinceaux pour des tableaux impressionnistes. Le "pourri de talent" comme disent nos cousins québécois, chante les tourments amoureux et les absurdités de la société, il croque plus qu'il ne charge. Le storyteller de l'année, celle là même qui aura vu Bob Dylan recevoir le Prix Nobel de littérature "pour avoir créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d’expression poétique (...) Un sampleur littéraire". Joli hasard du calendrier. Au Divan du Monde, Shannon Wright se bat avec sa frange, les câbles de son synthé et ses accords de guitare. Après de nouvelles "rencontres professionnelles" sur le coude, je rentre me coucher, le panier musical un peu plus plein et la tête encore dans les étoiles du soir.

Vendredi 14 : un week-end est si vite arrivé
A l'heure du goûter, je suis au Carmen pour assister au showcase d'Isaya, les jumelles d'Aix-en-Provence, qui lorgnent, sur leur nouvel album, les rives électroniques après avoir longtemps frayé dans les folk songs américaines. Tambours et transes électro pour habiller leurs chants tribaux. Les Indiennes sont dans la ville.
Grand écart à l'heure de l'apéro à la Boule Noire devant la bouillie rock de Pogo Car Crash Control, "une grosse énergie gerbée dans un micro" comme se présente justement ce groupe de rock garage de Seine-et-Marne. Dérapages de décibels incontrôlées, mélodies au point mort, crash en effet. Au Divan du Monde, Katel s'épanche à grand renfort de nappes de synthés et de chants de sirènes anxiogènes. Il pleut, il fait nuit quasi noire sur Pigalle, la jungle urbaine a perdu ses couleurs. Ça sent le sapin de ce Noël avant l'heure. Une heure plus tard, dans une Cigale qui tarde à se remplir, tout le monde squattant la Fourmi, Christophe illumine cette dernière soirée via ses dentelles harmoniques et ses subtiles orchestrations. A l'extérieur, je suis le mouvement, les grappes humaines de fans et de pros qui se dirigent vers le Backstage By The Mill, pour la soirée Control Production et le show de Talisco. Salle pleine à craquer, chaleur à crever, bar pris d'assaut, ça sent l'hystérie collective. Guitares cinglantes, soufflantes électro et hymnes indie-pop, le brun ténébreux rejoue l'Equipée Sauvage, alternant vieux tubes et nouvelles pépites (Capitol Vision, dans les bacs en janvier prochain). Paris brûle-t-il dehors aussi ?

Une nuit noir charbon, épaisse comme une chape de plomb, a recouvert le ciel de la capitale. Dernière "rencontre professionnelle" sur le coude, tout le monde boude, le MaMA sonne la fin de la récré. Je rêve de dormir mais je n'ai pas envie de rentrer, il y a encore, il y a toujours, un peu de place dans mon panier musical. Comme l'affirment les organisateurs, "MaMA Event confirme, avec cette nouvelle édition, son statut d'événement international majeur dans le domaine des rencontres professionnelles et sa place de choix parmi les festivals défricheurs réunissant chaque année un public plus nombreux tant au niveau des professionnels que du grand public." (+ 15% de pass publics vendus). C'est vrai, qu'il s'agisse de découvertes musicales ou des nouveaux enjeux de la profession, le MaMA fait tendance.

Remerciements à Cécile Legros, Anne-Sophie Mondaud et Victoria Levisse

—  Milo Green

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