Black micmac. Autant dire qu'avec Fantastic Negrito, on ne sait jamais dans quelle aventure le guitariste groove va nous embarquer. No logo, Negrito. Il faut dire que la vie n'a pas été une sinécure : huitième enfant d’une fratrie de quatorze, Xavier Dphrepaulezz de son vrai nom a grandi dans une famille de musulmans dans la campagne du Massachussetts, en grande majorité chrétienne, où il s’est toujours senti étranger. Quelques années plus tard, l'ado déménage avec sa smala à Oakland, en pleine guerre des gangs, et se lance dans le hip hop. Il est repéré par le label Interscope Records. Pourtant, Xavier n'accroche pas avec le business du gangsta rap et "toutes ces conneries de politiciens, qui n'ont rien à voir avec la musique". Il plaque le flow pour les mélopées soul et les complaintes blues, fouillant l'héritage de la Great Black Music. Mais la roue ne tourne pas encore : en 2000, il échappe de justesse à la mort dans un accident de voiture : après être sorti du coma, l'artiste est handicapé des membres supérieurs et arrête la musique durant cinq ans. En guise de rééducation, il élève des poulets, fait pousser des légumes, puis se remet doucement à la musique (piano, guitare, guitare slide, batterie). Nouvelle vie, nouveau pseudo, il devient Fantastic Negrito. Son premier album The Last Days of Oakland (Tunecore) multiplie les clins d'œil à Skip James, Leadbelly et R.L. Burnside, mais pas que : fils prodige des bluesmen du Delta, le black fantastique donne un grand coup de latte au répertoire des anciens de la note bleue, certains le comparant à Al Green version punk rock. Fantasque et fantastique,
assurément.